Le mariage est un acte important de la vie, au point de vue religieux, bien sûr (c'est un sacrement au même titre que le baptême et l'extrême onction), mais aussi au point de vue social. Dans une société où l'individu compte moins que le groupe, on se marie généralement "selon son état", le mariage étant préparé par les parents ou d'autres membres de la famille. A travers lui, on assure la pérennité de la famille et la transmission d'un patrimoine.

Nombreux sont les contrats, même dans les familles où les biens ne sont pas considérables.

     

On sait qu'un contrat a été fait pour le second mariage de Nicolas Wimart avec Isabelle Darras mais il a probablement disparu. On a, par contre, celui du premier mariage avec Isabeau de Willencourt, passé le 4 octobre 1698, en l'étude de maître Lemercier, notaire à Auxi-Artois (c'est la partie d'Auxi qui se situe sur la rive droite de l'Authie, du côté de la place et de l'église).

 

Nicolas apporte la maison héritée de ses parents, rue de Wavans (qui deviendra rue d'Arras puis rue du général de Gaulle), avec la boutique et les outils nécessaires au métier de menuisier-sculpteur qu'il a appris de son père. Il lui faudra d'ailleurs un accord ultérieur avec ses deux demi-soeurs, Antoinette et Jeanne, afin d'apurer les comptes, son père ayant utilisé, à des fins personnelles, une partie de l'apport  de mariage de sa première femme, Claire Demont (un contrat de mariage a donc aussi été fait à cette époque). Chaque soeur reçoit de Nicolas 25 livres (soit environ deux mois de travail d'un ouvrier). Les deux soeurs ne savent pas signer: les hommes sont en général plus alphabétisés que les femmes. Il faut aussi deux actes séparés en décembre 1698 et décembre 1699 car la première fois Jeanne n'habite pas Auxi mais Lille (la ville est devenue française en 1668 c'est à dire une dizaine d'années après Auxi-Artois) où elle est probablement "placée" c'est à dire servante ou domestique dans une famille bourgeoise de la ville. Antoinette est déjà mariée avec un boucher auxilois. Jeanne reviendra se marier et se fixer à Auxi.

 

Le marié et la mariée sont vêtus, selon la formule consacrée, "comme à leur état appartient", la tenue vestimentaire étant, à l'époque, un signe de leur situation sociale, signe qui doit être compris de tous.

 

La mariée a une jupe noire, deux jupes rouges (ce sont les couleurs que l'on retrouve le plus souvent), une jupe brune, une jupe blanche ce qui semble traduire, par la diversité des couleurs, une certaine élégance.

Les linges et les habits servant "à ses corps et chef (tête)" lui resteraient en cas de veuvage: elle apporte trois chemisettes, 18 coiffes et autres linges non précisés; on se lave très peu mais le linge, souvent changé et souvent lavé, apporte une propreté extérieure qui traduit d'une certaine façon la pureté de l'âme. Victor Hugo dit de l'un de ses personnages qu'il est vêtu de probité candide et de lin blanc.  

Son "lit garni" lui resterait aussi en cas de veuvage et ne ferait pas partie de la communauté des biens qu'elle pourrait avoir avec ses enfants ou avec les membres de la famille de son mari. Son lit garni apparaît de qualité mais sans bois de lit: matelas, traversin et oreiller de plume (et non de paille), trois paires de draps, trois paires de tayettes, une couverture verte (la couleur verte est symbole de prospérité et de fécondité). Le lit garni, surtout avec ses bois, est toujours un investissement coûteux pour un jeune couple qui entre en ménage.

La mariée apporte aussi les ustensiles de base pour tenir un ménage: une paire de chenêts (mais pas de pinces ni de crémaillères), deux poêles à feu, deux chaudrons, une écumette, un bassin, un chandelier d'airain, une salière ainsi que de la vaisselle d'étain, matière plus "rustique", moins "moderne" que la faïence que l'on trouve alors cependant de plus en plus. Il y a aussi 8 plats, 8 assiettes, deux écuelles, une jatte, six cuillers. On le voit, ni couteau (très rare en cuisine à l'époque), ni fourchette (introduite à la Cour de France par Henri II au milieu du siècle précédent), ni de verre ou gobelet (on continue probablement à boire "à l'ancienne", à la bouteille ou au pichet). Il se peut cependant que cet ameublement de cuisine soit complété ultérieurement comme c'est le cas aujourd'hui quand les cadeaux de mariage ne couvrent pas tous les besoins.

La mariée apporte en outre 300 livres de dot (soit l'équivalent de deux années de travail d'un ouvrier ou d'une maison correcte ou de trois chevaux) dont 150 qui tiennent "nature de fonds et de propres", c'est à dire qu'en cas de décès sans enfants nés ou à naître, ces 150 livres, qu'ils soient ou non convertis en immeubles, retournent à la famille de Willencourt.  

 

Tout le monde appose sa signature au bas de l'acte sauf la mariée qui fait une marque. François Wimart, l'oncle du marié, est témoin. Le père de la mariée signe bien, sa mère très difficilement. François, frère de la mariée signe bien mieux que Françoise, soeur de la mariée. 

Le 30 mai 1699, six mois après le mariage, les jeunes mariés reconnaissent avoir reçu des parents de la mariée, la dot ("le partement") de celle-ci, argent et meubles.

Si nous avions pu retrouver le contrat de mariage de Nicolas avec sa seconde épouse, Isabelle Darras, nous aurions pu faire des comparaisons  fort intéressantes. On sait, par un autre document, qu'Isabelle Darras apporte une maison rue de Wavans de la valeur de 200 livres environ. 

 

Pour en revenir à ce contrat de 1698, on peut dire que, si les apports ne sont pas considérables, ils sont assez corrects et doivent permettre un bon démarrage dans la vie. 

 

  • Régis Renoncourt.
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