La guerre 1870-1871 est un peu l'oubliée de l'Histoire. il est vrai que les suivantes furent, pour reprendre l'expression de Georges Brassens, plus "massacrantes".
 
Cependant, cette guerre qui fut relativement courte (à peine 6 mois de juillet 1870 à janvier 1871) vit la chute du Second Empire qui semblait bien conforté par le referendum de mai 1870 (7 300 000 oui contre 1 500 000 non). Elle conduit à une invasion (la précédente datait de 1815) d'une partie de la France, au siège de Paris et à une humiliante défaite avec la perte de l'Alsace-Lorraine et la création de l'Empire allemand, un grand Reich, avec les conséquences que l'on sait pour les 3/4 de siècle qui vont suivre.
 
L'année 1871 commence mal à Auxi. Le 2 janvier, le conseil municipal doit statuer sur une demande d'argent faite par les Prussiens, somme réduite "sur de vives instances" à 3 000 francs (l'équivalent de 5 ans de salaire d'un garde-champêtre). Trois hommes ont été pris en otage et sont inculpés comme francs-tireurs. Le président de l'assemblée (maire), Renard, entretient celle-ci des malheurs qui auraient pu leur arriver si la somme n'avait pas été versée. On fait état d'environ 2 500 Prussiens (soit la population de la ville) dans l'intérieur de la ville. Cette somme a été remise entre les mains du Commandant logé chez le notaire Beaussart (rue Wallart, à l'angle de la ruelle des Fontaines). Les notaires Deslaviers et Gambier ont prêté cette somme en attendant la ratification par l'assemblée municipale.
 
Renard propose de prélever cette somme sur l'emprunt de 14 000 francs en cours d'émission. Le conseil municipal approuve à l'unanimité sans observation.
 
Renard communique ensuite au conseil municipal plusieurs mémoires concernant les dégradations faites aux particuliers par les Prussiens. Le conseil municipal juge qu'il serait préférable d'attendre avant de statuer et décide d'ajourner cette question à une séance ultérieure.
 
Dans une lettre adressée le 3 mars 1870 au préfet du Pas-de-Calais, Renard apporte des précisions intéressantes : "Monsieur Beausart, notaire, m'a fait part de votre demande de renseignements concernant les réquisitions et déprédations causés ici par les Prussiens dans leur visite du 1er janvier ; ils étaient au nombre de 3 000 environ, cavaliers et infanterie; ils se sont logés comme d'usage dans les maisons qui leur convenaient; le 2 janvier au matin, ils nous ont donné une heure pour leur remettre 5 000 francs en raison, ont- ils dit, de coups de fusils tirés lors de leur arrivée; après des pourparlers assez longs, ils n'ont plus exigé que 3 000 francs que nous leur avons versés immédiatement; ils ont requis 1 500 kg d'avoine qui à 19 francs forment 285 francs; ils sont entrés chez plusieurs bottiers ou cordonniers et sur une réquisition faite dans toutes les règles ils se sont fait donner 50 paires de bottes à 20 francs soit 1 000 francs; indépendamment de ces choses, nous sommes tenus de payer diverses réquisitions particulières dans lesquelles il entre beaucoup de lainages, couvertes, gants, bas etc...enfin une foule d'objets ont le prix est égal à 2 000 francs environ. Pour résumer, les réquisitions sont celles-ci: argent: 3 000 francs; avoine: 285 francs; bottes : 1 000 francs; objets divers: 2 000 francs. Nous serions très heureux que cette somme entrât en ligne de compte et qu'une indemnité quelconque et à n'importe quel titre nous soit octroyée ou même si une indemnité de guerre doit peser sur toutes les communes qu'il en soit défalqué cette somme".
 
On peut noter que les ouvriers salariés par la commune pour des travaux d'utilité publique sont payés de 50 centimes à 2,50 francs par jour "selon le mérite et le courage". 
 
Pour écrire cet article, j'ai consulté les archives communales d'Auxi; je remercie celles et ceux qui nous ont permis et facilité l'accès à ces archives  .        
 
  •      Régis Renoncourt  .
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