On prête beaucoup serment pendant la période révolutionnaire. Je m'en tiendrai bien sûr aux serments présentés localement par les gens d'Auxi.
En février-mars 1790,au cours de la première élection de la municipalité, Quillet père, président et Augustin Duriez, secrétaire, prêtent le serment civique en pleine assemblée, suivis des notables élus et des citoyens actifs assemblés qui prêtent le serment de "choisir en leur âme et conscience le plus digne de la confiance publique selon l'esprit des décrets".
Prêtent également serment Jean-François Dumas, élu secrétaire greffier et Jean-Baptiste Ternisien, élu sergent de la commune.Le 25 juin 1790, les officiers de la Garde Nationale qui viennent d'être élus prêtent "par devant le maire, les officiers municipaux et toute la commune assemblée, le serment civique requis en pareil cas, chacun suivant son grade".
Le 14 juillet 1790, lors de la Fête de la Fédération, le maire Léon Boistel fait un discours au peuple et prononce la formule du serment. Chaque citoyen prononce alors les mots saints et sacrés "nous le jurons" ainsi que tous les officiers municipaux, tous la main levée sur le livre aux décrets.
Lors du renouvellement de la municipalité en novembre 1790, Quillet, de nouveau président, prononce la formule suivante: "vous jurez et promettez de ne nommer que ceux que vous aurez choisis en votre âme et conscience comme les plus dignes de la confiance publique, sans avoir été déterminé par don, promesse, sollicitation ou menace". Cette formule est écrite en caractère lisible et exposée à côté du vase du scrutin. Le lendemain, les trois scrutateurs prêtent le serment de bien remplir leur fonction et de garder le secret.
Le 9 avril 1791, Jacques Vincent Duriez, fermier, qui vient d'être élu juge de paix, prête le serment au cas requis.
Mais le serment qui, on le sait, soulève le plus de difficultés c'est celui que l'on veut imposer aux ecclésiastiques qui, par la Constitution Civile du Clergé, deviennent des fonctionnaires: c'est ainsi que le curé Pépin, les vicaires Jean-François Derbesse et Jean Firmin d'Amour prêtent le serment le 27 janvier 1791.
Le 14 août 1792, 15 salariés prêtent serment dont 9 religieux et religieuses parmi lesquels Pierre François Joseph Dyvincourt, 26 ans, vicaire épiscopal d'Indre et Loire.
Le 22 septembre 1792, au cours d'une grande réunion où sont présents les responsables politiques, administratifs, judiciaires (juge de paix et greffier), militaires (Garde Nationale) et les prêtres et religieux de la commune, les salariés de la Nation prêtent le serment "d'être fidèles à la Nation et de maintenir de tout leur pouvoir la Liberté et l'Egalité ou de mourir à leur poste conformément au décret de l'Assemblée Nationale"
C'est au cours de cette séance que le sieur Auguste Boistel, cy-devant chanoine d'Arras, que l'on est allé chercher chez son frère Léon Boistel, savonnier, cy-devant maire, refuse de prêter le serment et on le prie de ne plus dire la messe.
Le 30 novembre 1792, des ex-religieuses venant d'un établissement de Rue doivent jurer "qu'elles n'ont aucune somme ni aucun effet appartenant à leur maison, autre que ceux dont la libre disposition leur est laissée".
Bien entendu, en décembre 1792, les nouveaux élus, maire, procureur, membres du conseil général (conseil municipal), le juge de paix et son greffier prêtent serment ainsi que les gardes des bois le 31 décembre.
Nouveaux serments de la nouvelle municipalité élue au moment de la "réunion" en février 1793.
Sous le Directoire, la loi du 24 nivôse an VII oblige les fonctionnaires mais aussi les élus à "jurer haine à la royauté et à l'anarchie, attachement et fidélité à  République et à la Constitution de l'an III". Ce serment est significatif des difficultés rencontrées par le Régime qui se bat sur deux fronts, la droite royaliste et la gauche jacobine, assimilée à l'anarchisme.
On continuera de prêter serment sous l'Empire et bien au-delà pendant presque tout le XIXème siècle.
 
Pour écrire cet article, j'ai consulté les archives communales d'Auxi; je remerciecelles et ceux qui nous ont permis et facilité l'accès à ces archives.                                                                                                                                    
 
     Régis Renoncourt. 
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