Le 1er octobre 1722, suite au décès de sa femme, a lieu, au domicile de Jean Cordier, ancien berger et ménager à Wavans, une prisée c'est à dire un inventaire de ses biens meubles. Le couple n'ayant pas d'enfant, les biens dits de communauté doivent être partagés entre Jean Cordier d'une part, le frère et la soeur de son épouse d'autre part. Un ménager est un agriculteur qui, en général, n'arrive pas à subsister par ses propres moyens. Il complète son revenu en travaillant chez les autres. Du moins, c'est la définition générale que l'on donne.

Le total de l'estimation s'élève à 854 livres. Le mobilier, très modeste, n'excède pas quelques dizaines de livres. L'estimation du cheptel s'élève à un peu plus de 350 livres: 47 bêtes à laine, 3 vaches, une génisse et deux veaux, 2 cochons et 33 volailles mais pas de chevaux (il faudra donc faire appel à un laboureur pour les labours). Le reste est constitué par la récolte, sans doute, encore presque intacte en ce début d'automne: blé, orge, avoine, foin, lin, ivernaches, warrat (mélange de fèves et de pois) et 75 livres de dettes actives, c'est à dire d'argent qu'on lui doit.

Par contre, les dettes passives (l'argent qu'il doit) s'élèvent à 572 livres et leur détail est tout à fait intéressant à analyser.

Cordier est locataire de sa maison: il doit à Pierre Deguigne, de Wavans, 49 livres soit deux ans de loyer (il doit s'agir d'une maison relativement modeste). Il doit, pour les mêmes raisons (sans doute un arrérage) 52 livres à Jean Deguigne, de Wavans lui aussi. Cordier est aussi locataire de prés et de terres à labour (mais peut-être en possède-t-il en propre car les biens immeubles ne sont pas estimés): il doit deux années de location à un boucher d'Auxi, deux années de location à un laboureur de Wavans, cinq années de location à un berger de Wavans, deux restes de location à un autre berger de Wavans et à un laboureur de Fortel. Pour le pré loué au laboureur de Wavans, il doit en outre 4 livres de censives (impôt seigneurial sur les immeubles) au seigneur de Wavans, en décharge du propriétaire. 

Cordier doit rembourser des gens qui lui ont prêté de l'argent, il doit ainsi 60 livres à un charpentier de Wavans et 18 livres à un ouvrier agricole de Wavans.

Cordier utilise les services d'autrui: il doit encore 13 livres à sa servante. A un ouvrier de Noeux, il doit une journée de travail soit une 1/2 livre. Au fils de Marc Anselin de Wavans, sans doute un jeune garçon, il doit huit sols soit 0,4 livre pour une journée également. Ce travail à environ 1/2 livre la journée est sans doute le plus fruste. Le chargement de fumier se paie une livre la journée à Madeleine Lépinoy, de Wavans. Quant à Martin Lépinoy, il touche un peu plus de trois livres pour faucher un peu plus de trois journaux d'avoine, le journal correspondant, théoriquement à la surface cultivable en une journée (3 journaux 1/2 = 1 ha 1/2). Comme il n'a pas de charrue, il doit payer 6 livres pour les labours de 6 journées de jachères. Cordier doit encore 35 livres pour 42 journées de travail effectuées par Adrien Leroy, ouvrier agricole de Wavans. Cordier a demandé à Pierre Courtois, meunier, un service à Saint-Pol et lui doit 12 sols pour le voyage (une livre = 20 sols). Enfin, Cordier doit à une fille du village 1 livre 1/2 pour la façon d'une paire de bas.

Cet homme si endetté n'est pas non plus à jour de ses impôts et il doit 2 livres 1/2 aux collecteurs des centièmes. Il doit aussi au clerc (maître d'école) de Wavans 7 sols pour son clergé c'est à dire les tâches annexes (telles que chantre à à l'église) que l'instituteur effectue alors en plus de ses cours proprement dits. 

Mais c'est au niveau des marchandises achetées que Cordier a beaucoup de retard dans ses paiements. Le jour de la vente des meubles de Pierre Deguigne père, suite à son décès, il n'a pas payé comptant les objets achetés: il doit 42 livres. Il doit aussi 8 livres à un cordonnier d'Auxi, 4 livres à un marchand brasseur d'Auxi pour 1/2 baril de bière, 3 livres 1/2 à une cabaretière de Wavans pour viande et bière, 18 livres à deux marchands de Wavans pour mercerie et beurre, une livre à Marc Anselin, autre cabaretier de Wavans, pour bière et eau-de-vie, 2 livres à un autre boucher d'Auxi, 45 livres à un marchand drapier d'Auxi, 5 livres pour du fumier qu'on lui a livré, 26 livres pour des fagots achetés à un marchand de bois d'Auxi.

Les soins à son épouse défunte vont lui coûter 8 livres qu'il doit au chirurgien de Maizicourt. Enfin, à l'un des cabaretiers de Wavans, il doit 4 livres 1/2 pour livraison de bière et eau-de-vie le jour de la prisée car, selon la coutume, ce jour-là on régale. Il doit sans doute aussi les honoraires au notaire mais cela n'est pas précisé. 

Le beau-frère et la belle-soeur renoncent aux biens meubles de la communauté et aussi...aux dettes que Cordier s'engage à payer seul. Il leur donne en outre 154 livres.

A noter que Cordier signe mais de façon hésitante ce qui traduit un niveau d'instruction très élémentaire.              

 

  •      Régis Renoncourt. 
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