C'est la loi sur les municipalités du 14 décembre 1789 qui précise les règles électorales concernant cette circonscription. Comme aux autres échelons administratifs (départements, districts), un homme représente l'intérêt national et réclame l'application de la loi: c'est le procureur ou procureur syndic qui est cependant lui aussi élu. C'est ainsi que Pierre Champion, 52 ans, marchand tanneur, demeurant rue d'Hesdin (rue Roger Salengro) est élu procureur de la commune du bourg d'Auxi-le-Château le 1er mars 1790 à 4 heures de l'après-midi, par 186 suffrages (seuls les hommes majeurs payant plus de trois jours de contributions peuvent voter: ce sont les "citoyens actifs"). C'est lui qui, normalement, détermine ce qu'on appelle aujourd'hui l'ordre du jour, en prononçant un réquisitoire. Le Conseil Général (conseil municipal) délibère ensuite et prend un arrêté (une décision) après avoir, selon la formule consacrée "ouï le procureur de la commune".
Les principaux réquisitoires de Pierre Champion en 1790 et 1791 concernent les sujets suivants:
En avril 1790, aliénation de terres ( location) appartenant aux communes (communaux) afin de remédier aux besoins pressants, à savoir: secourir les indigents, payer les maîtres et maîtresses d'écoles.
En mai 1790, la création d'une milice ou "garde nationale bourgeoise tant pour les propriétés que pour la conservation des sécurités personnelles".
En décembre 1790, la contestation des élections de renouvellement de la Municipalité et la mise en cause de Quillet qui préside à cette élection : il s'agit peut-être d'un des premiers signes bien visibles de l'affrontement imminent entre Auxi ci-devant Artois et Auxi ci-devant Picardie.
En février 1791, l'interdiction de se masquer sous peine de prison "car il n'est plus possible de souffrir plus longtemps que le repos public soit troublé par une troupe de fous qui courent tous les soirs les quatre coins du bourg, qui insultent et qui maltraitent impunément ceux qu'ils rencontrent".
En mai 1791, la taxation de la bière à un prix modéré soit 5 sols le pot d'Auxi (2 litres 674, soit environ 6 deniers les 25 cl).
En octobre 1791, la fixation du franc-marché aux bestiaux en quatre endroits différents du bourg ce qui déclenchera les incidents qui aboutiront à la séparation d'Auxi en deux municipalités distinctes pendant plus d'une année. Après le renouvellement de novembre 1791 où Antoine Lecat-Machy devient maire, Pierre Champion reste procureur tout au moins d'Auxi ci-devant Artois puisque la "sécession" est effective à partir de décembre 1791. 
A Auxi ci-devant Picardie, le procureur est Louis Joseph Déplanques, aubergiste demeurant rue d'Abbeville (rue Albert Vermaelen: il est très probablement propriétaire de l'auberge du Bras d'Or, à l'emplacement de l'actuelle "mouaison Hulot, siège du C.P.I.E.). Ce Louis Joseph Déplanques est l'arrière-grand-père du général Guislain Déplanques qui, après une carrière militaire sur différents théâtres d'opérations, prend sa retraite à Auxi, y décède en 1889 et donne ensuite son nom à l'ancienne rue du Cornet. On peut aussi noter qu'en 1848, le père du général est nommé commissaire de police d'Auxi mais, ensuite, le préfet de Saint Pol sur Ternoise se fait fort par une augmentation substantielle de ses appointements de faire taire ses scrupules et d'obtenir son ralliement à l'Empire au lendemain du Coup d'Etat de décembre 1851, d'autant que son jeune fils -le futur général- s'est distingué dans la répression des soulèvements du Midi.
En décembre 1792, après la démission de Lecat-Machy, élu au district de Montreuil (le cumul des mandats est interdit) et l'élection de Alexandre Duboille comme maire, c'est Félix Lecouvé qui devient procureur de la municipalité d'Auxi Artois. En février 1793, après la "réunion" et l'élection de la nouvelle municipalité, le poste est occupé par Auguste Riquier.
Fin 1793, au moment de la réorganisation du gouvernement dans un sens plus révolutionnaire et plus centralisé, le procureur est remplacé par un agent national: à Auxi, il s'appelle Jean Alban Petit, ci-devant capitaine-receveur dans les fermes du roi, métier qui disparaît avec la Révolution puisque tout le système fiscal est profondément changé.   
 
  •      Régis Renoncourt.
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