Le laboureur Adrien Souverain est mort à Noeux, sans enfant. Ses biens meubles sont vendus, le 24 octobre 1696, à la demande de sa veuve, Adrienne Martin, remariée à Antoine Devillers, d'une part, de ses frères et soeur Antoine, Jean et Marie Souverain, d'autre part. La moitié du produit de la vente ira à la veuve, l'autre moitié sera partagée également entre les frères et la soeur que représente ici son mari, Jean Ponthieu.
Affiches et publications ont été faites tant à Noeux qu'aux lieux "circonvoisins".  
Les adjudicataires seront tenus de payer le prix de leur adjudication selon deux procédures: "tout présentement" pour les petits achats de moins de 5 livres; à Pâques pour les achats au-dessus de 5 livres. Il faudra ajouter un sol par livre (soit 1/20) de taxe et un sol par achat au sergent crieur pour les achats de moins de 5 livres et 5 sols par adjudication pour les achats de plus de 5 livres.
Le premier article, sans doute après accord, comprend tous les objets courants du ménage que la veuve achète pour 25 livres 10 sols (une livre=20 sols). On y trouve: les objets du feu (crémaillère, chenêts, poêle à feu, chaudrons, poêle); la vaisselle tant en étain que de terre ou de grés (plats, jattes, écuelles, cuillers, bouteilles, cruches); les objets plus spécialisés (seille ou seau, maie pour faire le pain, sereine pour battre le beurre, saloir, tamis); les objets d'ameublement (chaises, petite table, coffre, buffet, "petit meuble");  quelques outils (cognée, serpe, coin de fer). La veuve achète aussi les deux vaches pour 72 livres.
Les deux frères et la soeur achètent peu de choses: Antoine Souverain achète un fusil pour 50 sols et de la ferraille pour 8 sols. Jean Ponthieu achète une fourche et un fourchet pour 35 sols.
Le cheptel constitue le morceau de choix de cette vente (457 livres sur  545 livres soit 83,6%). Le cheval hongre (75 livres) ira au charron de Noeux, François Josset. Une cavale (63 livres) ira au laboureur Antoine Beaumont, de Noeux. La génisse et son poulain (51 livres) iront chez Nicolas Sacleux à Bonnières et la cavale de 8 ans avec ses harnachures ( 56 livres 10 sols) ira aussi à Bonnières, chez Alexandre Deleforge. Deux cavales (140 livres) iront chez Mathieu Parmentier, laboureur à Villers l'Hôpital.
Les instruments aratoires intéressent les frères Deguigne de Wavans: Pierre aura le chariot tout monté, Jean la charrette toute montée et chacun paiera le même prix: 20 livres. Le binot monté ira, pour 5 livres 10 sols, à un certain Isidore, la queue de charrue, pour 2 livres 5 sols, au bailli d'Auxi, Claude François, et le comble, pour 2 livres 6 sols, à Eloy Vincent, laboureur à Noeux. Celui-ci achète aussi les 4 essaims d'abeilles pour 26 livres. Les autres accessoires (deux chaînes à herser, une torque...) iront, pour un prix modique, (de 6 à 11 sols) à divers cultivateurs de Noeux, Wavans, Boffles et Frohen.
Le bois dont l'unité de mesure est la corde (une corde, mesure d'Auxi=4 stères d'après l'abbé Vitasse, auteur de "l'Histoire d'Auxi", en 1892) est une matière de valeur. Une demie corde d'orme est ainsi vendue 5 livres à Alexandre Quenot, de Wavans, deux cordes d'orme sont vendues 5 livres 12 sols à Nicolas Berthe, de Noeux, quatre cordes d'orme sont vendues 44 livres à Jacques Cambier, maréchal-ferrant à Vacquerie-le-Boucq. 
Dans une société de non-abondance (ou de relative pénurie, comme on voudra), on ne répugne pas à porter les habits des autres, en particulier des défunts. Le justaucorps de Adrien Souverain est ainsi vendu 11 livres à Pierre Vincent, ménager à Noeux, son manteau 4 livres 10 sols à Claude Fardel, de Noeux, ses souliers 2 livres un sol et son chapeau 14 sols à André Candas, valet de charrue à Noeux.
Le total  de la vente s'élève à 545 livres.
On peut évidemment s'étonner que les récoltes soient absentes de cette vente ainsi que la charrue car, avec ses 5 chevaux, Adrien Souverain a toutes les caractéristiques d'un laboureur possédant au moins un train de charrue. La prisée-inventaire nous aurait été d'un grand enseignement. Il est possible, en effet, que les biens meubles périssables aient fait l'objet d'un accord particulier.                                                                                    
 
  •      Régis Renoncourt.
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