En 1801 (an IX), les préfets et sous-préfets, nouvellement installés par Napoléon Bonaparte, Premier Consul, sont chargés d'une enquête sur l'état des citoyens et la cherté des vivres. Le mémoire du sous-préfet de Saint-Pol (Saint-Pol est sous-préfecture jusqu'en 1926) concernant les budgets familiaux est tout-à-fait intéressant à analyser bien qu'il ne s'agisse que de moyennes.

Si la nourriture quotienne du journalier (ouvrier agricole) ne coûte que deux francs car il se contente de laitage écrémé, potage, légumes, pain grossier avec quelquefois du lard, un peu de beurre ou d'oeufs, celle de l'artisan se monte à trois francs car il y ajoute un peu de viande, de la bière et du café qui, aux dires du sous-préfet de Saint-Pol "s'est répandu dans toutes les classes de la Société".

Quant au médecin ou à l'homme de loi, il dépense 19 francs par jour; son vin lui coûte, à lui seul trois francs (la nourriture quotidienne de l'artisan), son café et ses liqueurs deux francs (la nourriture quotidienne du journalier); il varie les plaisirs de la bouche: chocolat, thé, se fait servir quatre plats de viande ou de poisson pour son dîner.

Le petit propriétaire se fait servir six plats de viande ou de poisson pour son dîner, un peu plus de vin (ou de meilleure qualité) et sa dépense quotidienne atteint 25 francs. Sans qu'il donne d'autres précisions, le sous-préfet évalue au quintuple (125 fra,cs) la dépense pour le riche propriétaire.

On est évidemment loin du discours égalitaire qui prévalait quelques années auparavant.

Rien d'étonnant que le notable soit représenté sur les peintues et surtout sur les caricatures avec une ample bedaine dont il semble très fier. En ces temps de relative pénurie, bien manger et abondamment fait partit du "standing de vie".

 

Pour écrire cet article, j'ai consulté la série M des archives départementales du Pas-de-Calais à Dainville.

Régis Renoncourt.

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